Avoir un Oscar ou ne pas l’avoir ? Telle est la question. Cela fait une bonne vingtaine d’années qu’on attend le moment de gloire pour un certain Leonardo Dicaprio. Car si l’acteur américain de 42 ans a fait ses preuves plus d’une fois depuis le début de sa carrière, l’académie des Oscars l’a jusqu’à présent boudé en refusant de lui décerner le prix du meilleur acteur. Mais cette fois, c’en est trop ! Avec « The Revenant » et toute l’implication physique et mentale qu’il a donné, beaucoup risquent bien de se fâcher si on ne lui attribut pas la fameuse statuette.

On connait Leonardo Dicaprio comme un acteur intense qui s’investit à 200% dans des rôles à la complexité psychologique fascinante. Cette fois-ci avec le nouveau film d’Alejandro Gonzales Inarritu, l’acteur a aussi testé ses limites physiques. Et on sait pertinemment à quel point les membres de la prestigieuse académie des Oscars aiment quand un acteur s’implique ainsi. On ne peut pas nier la crédibilité de Leonardo Dicaprio, mais attention à lui à ne pas se complaire dans une caricature de lui-même. « The Revenant » a tenté de tester ses limites et l’acteur s’est en tout cas prêté au jeu. Alors, serait-ce un rôle parfaitement sur mesure ? C’est certain !

Et le film dans tout ça ? En effet, outre l’étiquette du « nouveau film avec Dicaprio », il ne faut pas oublier qu’il s’agit également d’une œuvre signée Alejandro Gonzales Inarritu. Le réalisateur de « Babel », « 21 grammes » et plus récemment « Birdman », explore cette fois-ci l’histoire d’un trappeur en 1823 pris dans la spirale de la conquête de l’Ouest entre massacres d’animaux pour leurs fourrures et batailles sanguinaires entre les Blancs et les Indiens… L’horreur est là et, à peine nous faisons face à la difficulté de la situation au début du film que l’attaque de l’ours sur Hugh Glass (Leonardo Dicaprio) qui changera son destin fait surface. Et de façon violente. L’affrontement est insoutenable et fait sentir au spectateur les douleurs du corps mutilé qu’il regarde. Car la contemplation est à son comble dans ce film intense, et pas seulement grâce à Dicaprio.

The revenant critique

La mise en scène prend également aux tripes. Si les séquences en paysage rappellent les œuvres de Terrence Malick et sa fascination pour les décors naturels, le reste identifie bel et bien du Inarritu (et tant mieux !). Car il faut admettre que, par rapport à ses précédents films, « The Revenant » s’est vendu comme une énorme production hollywoodienne suite à son casting mais aussi par son histoire, sa mise en scène et ses conditions de tournage exceptionnelles. Ces éléments ont construit toute la stratégie de communication du long métrage. Inarritu est parvenu à garder de sa superbe dans sa vision de cinéaste et on retrouve le plaisir des plans séquences semblant interminables et si propres à lui.

Quant à la collaboration effectuée entre le réalisateur et son acteur, elle est harmonieuse. Voir deux génies dans leur domaine exceller ensemble ne peut donc que plaire. Le personnage de Hugh Glass, brisé par le passé et par les blessures que son corps encaisse, touche véritablement. La violence est belle puisqu’elle est animée par un désir de vengeance impressionnant et justifié. Les fidèles symboliques d’Inarritu sont là pour donner une poésie difficilement descriptible mais nécessaire à ce carnage insoutenable rythmant à la perfection ce film de 2h40. La souffrance du corps est telle qu’elle donne une animalité au trappeur, s’offrant une seconde peau grâce à la fourrure d’animal qui le protège du froid. L’homme ne fait qu’un avec son prédateur et en devient un lui-même, nourri par une vengeance qui devient son fil conducteur, sa boussole le menant jusqu’au meurtrier de son fils. Les mots n’ont ainsi plus lieu d’être dans « The Revenant ». On ne parle pas, on subit. Les corps et leurs divers mutations, aussi impressionnantes qu’elles soient, troublent et font la narration du film d’Inarritu.