Beaucoup sont les réalisateurs qui se sont laissé tenter par la réalisation de séries ces dernières années. Martin Scorsese, Jane Campion… Le format prend vraiment des dimensions cinématographiques. Dernièrement, c’est Judd Apatow qui a voulu s’essayer à la réalisation d’une série. Le réalisateur américain signe avec Netflix « Love », une série narrant l’histoire de deux trentenaires à Los Angeles, complètement paumés dans des relations amoureuses quelque peu bancales.

Si le hasard les fait rencontrer à la façon des personnages de comédies romantiques hollywoodiennes comme on a l’habitude d’en voir, il ne faut pas s’attendre à une narration et à des personnages dignes d’Ashton Kutcher et de Cameron Diaz. Les personnages sont des individus tout à fait lambda et loin de répondre aux critères de beauté auxquels nous ont habitué (voire, dicté) des séries comme « Les Frères Scott » ou « Gossip Girl ». Au contraire, dans «Love » on découvre un jeune homme, Gus, qui rappelle un peu ces « nerds » qu’on oublie vite dans les teen movies.

Sauf qu’ici, Gus est le personnage masculin principal. S’il a décidé de s’offrir une deuxième vingtaine en s’installant près d’un campus étudiant de Los Angeles suite à une rupture douloureuse, fréquenter une bande d’étudiants lui donnera aussi bien des avantages que des désavantages. Gus, malgré tout, se sent bien seul et trahi face à une ex petite amie qui lui a fait des infidélités. En plus, le jeune homme galère professionnellement. S’il aspire à être scénariste, imposer sa plume auprès des studios hollywoodiens restent une vraie bataille.

Mais tout va bousculer le jour où il croise la route de Mickey, une jeune productrice de radio plus dévergondée que lui mais qui s’avère être également cette anti-héroïne déstabilisante qu’on croise de plus en plus sur le petit écran américain. A la manière des filles de la série de HBO « Girls », signée Lena Dunham, Mickey s’avère être complètement paumée dans sa vie amoureuse. Rongée par ses addictions, elle peine à avoir une relation sereine avec les hommes qu’elle rencontre.

Si Mickey est une séduisante briseuse de cœur, elle en souffre également et étonnamment, au même titre que Gus, ne répond pas aux critères de beauté auxquels la télévision américaine nous a habitués. Beauté naturelle, jean trop large et claquettes dans les pieds, Mickey a tout pour déplaire mais séduit par son insolence.

C’est probablement ce qui fait que « Love » est une série qui fonctionne. En 10 épisodes, on nous résume ce que les relations d’aujourd’hui s’infligent. Ici tout est décomplexé, même la sexualité. Si Gus se contente de faire l’amour sous la couette et en missionnaire avec son ex-petite amie, Mickey révèle une sexualité féminine sans complexe. L’homme est déconcerté par ceci tandis que la femme tient à contrôler son plaisir et explorer sa sexualité comme elle l’entend. Mickey comme Gus, chacun tente de s’apprivoiser mutuellement mais avec difficulté une fois qu’ils se rencontrent. La complexité de la relation entre Gus et Mickey parlera à beaucoup d’entre nous. Entre indécision et solitude, Gus et Mickey sont rongés par leur besoin d’affection et d’indépendance en même temps.

« Suis-moi je te fuis, fuis moi je suis », les deux personnages principaux semblent se donner à ce jeu qu’on pourrait penser digne des soaps opéra teenage et lourdingues. Pourtant, la justesse des situations en fait un duo remarquablement réaliste. Avec un humour décalé propre à Judd Apatow (on a encore en tête son excellent « Crazy Amy ») on nous dépeint des relations entre individus hyper-connectés et pourtant si éloignés l’un de l’autre. Quand la technologie est sensée les rapprocher, elle les éloigne. (On vous laisse découvrir la fameuse scène du rencart raté entre Gus et la colocataire australienne de Mickey… Un régal.) Chacun se découvre à travers leurs publications sur les réseaux sociaux, s’épie par la même occasion, et s’envoie des sms à longueurs de journée, écrit un message, réfléchit puis l’efface pour en rédiger un nouveau. Une fois en face à face, le semblant d’indifférence est là alors que l’envie de l’autre est indéniable.

La série de Netflix aurait-elle saisi les vices du XXIème siècle ? Très probablement. On assiste à une comédie romantique en dix parties qui semble inspirée de chacune de nos vies, car cela ne fait aucun doute : les spectateurs y trouvent leurs comptes et contemplent l’horrible vérité qui reflète les relations d’aujourd’hui, touchantes mais insaisissables et souvent autodestructrices. Heureusement, si la vérité qu’on perçoit picote quelque peu, l’humour de la série aide à faire passer la pilule. Et tant mieux ! L’interprétation des comédiens aussi. Il faut dire que le duo que forment Gillian Jacobs et Paul Rust fonctionne à merveille.

Une série à regarder pour se débarrasser de tous les clichés de la comédie romantique habituelle.