Dexter Fletcher, plus connu en tant qu’acteur que réalisateur, nous propose aujourd’hui un « biopic » sur le champion de saut à ski britannique Michael Edwards, alias Eddie Edwards, alias « Eddie l’aigle ». Eddie The Eagle retrace donc (de manière très retouchée) la vie d’Eddie (Taron Egerton), un jeune homme maladroit mais téméraire qui se passionne pour le sport et plus particulièrement pour le ski, et qui décide de partir en Allemagne s’entraîner pour les Jeux Olympiques d’hiver de 1988. Là-bas, il fait la connaissance de Bronson Peary (Hugh Jackman), un ex-champion de saut à ski déchu ayant sombré dans l’alcool et qui s’occupe désormais en entretenant les pistes d’entraînement et en bricolant sur des voitures. Eddie supplie et harcèle Peary de le coacher pour les JO et, las, Peary finira par accepter.

Le film est direct : dès les premières scènes, on découvre Eddie enfant, puis adolescent, et enfin jeune adulte, entrain de se préparer à devenir un champion olympique. L’accent est fortement mis sur sa passion pour le sport, parfois de manière très insistante, mais le film ne se repose jamais et reste toujours actif, prêt à bondir, jamais oisif, à l’image d’Eddie, ce qui, finalement, est plutôt appréciable. De même, les « défaites » d’Eddie à la fin du film, ou plutôt ses « victoires relatives », contrecarrent subtilement le schéma habituel d’un film de ce genre, à savoir l’ascension et enfin la victoire du protagoniste à la fin. Au final, Eddie ne bat pas de record mondial, mais il bat son propre record, et le record de son pays ; et, au lieu de nous noyer dans un final au message pompeux, l’aspect personnel, presque intime de cette victoire rapproche encore plus le spectateur du personnage, doublant ainsi notre affection pour le personnage d’Eddie. Enfin, mention spéciale à la bande originale du film, qui porte bien son qualificatif d’ « originale » avec ses sonorités rétro et son dynamisme entraînant. Les tintinnabulements rappellent la naïveté, la persévérance et la pureté d’un enfant – d’Eddie. Très bonne sélection de chansons années 80 également.

Le point fort de Eddie The Eagle reste tout de même son casting, et particulièrement son duo de tête : Taron Egerton et Hugh Jackman. Taron Egerton, que le monde a pu découvrir dans Kingsman : Services secrets en 2014, et qui a également joué quelques rôles secondaires dans Mémoires de Jeunesse (2014) et Legend (2015), se révèle particulièrement doué dans le rôle d’Eddie. Depuis deux ans, Taron Egerton nous montre petit à petit sa palette de jeu, sautant du dur à cuire de banlieue devenu espion high-tech au jeune loser naïf. Il s’approprie à la perfection le personnage d’Eddie Edwards, y compris physiquement. On sent également un réel soutien de la part de Hugh Jackman, à la fois en tant que personnage et en tant qu’acteur.

Il est toujours agréablement surprenant de le voir dans un autre rôle que celui d’une machine à muscles, et il se révèle plutôt touchant dans son rôle de mentor torturé.

Eddie The Eagle
Eddie The Eagle
Eddie The Eagle

En me renseignant sur le film sur Internet, notamment sur ce qui s’en était dit dans la presse étrangère, j’ai pu lire la chose suivante : « Eddie The Eagle est conçu pour un public qui soutiendra pleinement la mièvrerie et la sentimentalité du film. Quiconque refusant d’adhérer à l’effronterie du film aura l’impression d’avoir percuté le sol la tête la première ».

Étant pourtant la première à critiquer la mièvrerie et la sentimentalité, je ne trouve pas cette critique justifiée. Rien de grotesque ou d’exagéré ne vient alourdir l’histoire, et le message proposé par le film, bien qu’accentué pour des raisons dramatiques, est un véritable message d’espoir et de soutien pour tous les Eddie de ce monde, pour tous ceux et celles ayant un jour entendu dire, par leurs parents, professeurs, amis ou autres, qu’ils n’étaient pas capables d’accomplir ceci ou cela ; mais, par-dessus, pour tous ceux et celles ayant un jour laissé la peur les arrêter ou les empêcher de faire quelque chose. De la stupidité à l’héroïsme, il n’y a qu’un pas, et ce pas s’appelle le courage. Alors, si comme Eddie, on vous a un jour réfréné(e), rabaissé(e), découragé(e) ou victimisé(e), il y a des chances que ce film sache vous toucher.

Sortie française le 4 mai prochain.