La saison 2 de Better Call Saul s’est achevée le 19 avril dernier sur Netflix et à l’instar de la saison 1 (diffusée entre février et avril 2015) celle-ci ne manque pas de rebondissements et de fond. Au-delà du personnage charismatique que représente le personnage de Saul Goodman si bien connu de la série Breaking Bad, on a dans le prequel Better Call Saul l’envers du décor : l’avocat manipulateur est avant tout « simplement »  Jimmy McGill.

[Cet article contient quelques spoilers]

Rappel de la saison 1

Pour vous rafraîchir la mémoire, dans la saison 1, Jimmy de nature intrépide souhaite pouvoir se faire une place dans le renommé cabinet d’avocat (HHM) dans lequel son frère Chuck est associé. Pour cela, il a évidemment étudié mais via un parcours peu conventionnel : il a obtenu son diplôme par correspondance. Cela n’étant pas louable ni pris au sérieux par les grands cabinets, c’est avec grande difficulté qu’il exerce son métier en tant qu’avocat commis d’office.

Les affaires y sont rémunérées au lance-pierre et n’enthousiasment pas Jimmy.

Celui-ci s’efforcera tant bien que mal de respecter les règles mais sera rapidement tenté de reprendre ses arnaques bien ficelées, en souvenir de l’adolescence.

La première saison se termine en laissant Jimmy sur son envie de tout plaquer, déçu et convaincu de ne pas être fait pour le monde du droit.

Better Call Saul

Dans la saison 2…

Cette saison s’ouvre de la même façon que la saison 1, à savoir en noir et blanc, projetant une scène post-Breaking Bad. Jimmy/Saul travaille dans un magasin d’une pâtisserie Cinnabon et vit sous couverture. On notera que c’est seulement dans ces moments monochromes que l’on entendra ou lira « Saul Goodman » /« SG ».

Nous nous attarderons dans cet article sur ce que représentent les personnages, sur les valeurs qu’ils véhiculent mais surtout leur réalité dans la société.

Des personnages à la conquête de leur véritable nature

Être soi-même ou être ce que les autres veulent qu’on soit. Dans Better Call Saul, on est face à ces personnages parfois coincés dans des cases. Chacun à sa façon essayant de s’en défaire ou au contraire de s’y contraindre.

Ceux que l’on pense être méchants, ne le sont pas réellement, de même pour ceux que l’on pense du bon côté.

C’est tout un mode d’apparence.

Personnage better call saul mike

Les relations de pouvoir et de contrôle sur l’autre prennent une grande place dans la série. Jimmy s’y trouve malheureusement confronté bien plus que les autres. Il se laisse penser parfois comme une victime ou au contraire une sorte de tête-à-claques, c’est ce qui compose sa complexité. Déterminer qui est réellement ce personnage relève du défi.

On peut tenter de trouver quelques éléments de réponses, de comprendre certains de ses comportements, mais il n’est pas totalement transparent.

D’un autre côté, un autre personnage a une place importante dans Better Call Saul. Il s’agit de Mike Ehrmantraut, ancien flic corrompu et futur homme de main du grand baron de la drogue Gustavo Fring (Breaking Bad). Son parcours sera également parsemé de rencontres peu cordiales, l’obligeant à collaborer avec des criminels. Sa motivation est néanmoins justifiée par le besoin personnel d’aider sa seule famille (sa belle-fille et sa petite-fille). D’un côté papi gâteau, de l’autre redoutable négociateur et dur à cuire, Mike porte à la perfection son masque impassible.

Une perpétuelle remise en question

Jimmy reste un personnage très irrégulier mais humain. L’image de l’avocat manipulateur et véreux n’est pas celle que l’on retiendra au fil des épisodes. On se demande justement à quel moment il y basculera définitivement. Il émet tout de même une légère réserve et navigue entre le succès et les chutes.

Jimmy, c’est un peu le jour et la nuit, le pile et le face en toute occasion. Un soupçon de schizophrénie ? On ne peut pas dire cela, on apprécie surtout cette facilité qu’il a à se remettre en question très souvent, et ce très spontanément. Cet avocat, finalement victime de son entourage peu bienveillant à l’exception de Kim Wexler (amie et amante), parvient à se fondre dans la masse, jusqu’au moment où le naturel et le désir d’indépendance se réveillent.

A partir de là, c’est la révolte, une explosion d’idées folles, d’actions menées en cavalier solitaire, sans limite. Et il est persuadé de bien faire, d’agir pour le mieux.

Comment lui en vouloir ?


Briser les règles, où est le mal ?

Briser les règles, Jimmy sait faire, cependant sans s’en rendre compte dans l’immédiat. C’est ce qui en fait un véritable personnage attachant et crédible. On a tous nos moments où on laisse la raison de côté pour finalement n’en faire qu’une analyse bien plus tard.

Quand il est sur une affaire, Jimmy cherche à aller à l’essentiel, à n’en voir que la conclusion et les résultats avant toute méthode. C’est malheureusement ce qui lui portera préjudice tout au long des épisodes.

Son problème reste la mauvaise gestion de l’équilibre entre les processus lents, administratifs du droit et les résultats escomptés.

La tentation de violer la loi est si grande et semble si simple à traverser que les conséquences ne représentent jamais vraiment un frein aux entreprises de Jimmy. Cela reste naturel et en tant que spectateur nous prenons facilement partie vers le côté obscur, on en rit mais sur fond amer lorsque les situations lui retombent dessus.


Vivant à cent à l’heure, habité par le stress et en quête de dépassement de soi, Jimmy ne s’arrête jamais. On en a d’ailleurs jamais assez de le voir et de le suivre à la dérive. Bien que ne disposant pas d’une vie comme la sienne, on peut malgré tout s’identifier à ce bonhomme. Pas à tous les degrés mais surtout dans ce que représente le personnage. Dans Breaking Bad, Saul Goodman arbore une image de clown plutôt ridicule et pathétique alors que dans Better Call Saul, on est face à un personnage qui a du mal à trouver sa place. Il n’a pas encore endossé le costume de Saul, mais s’accroche à son identité et à sa liberté.

Finalement, même si les grands cabinets et avocats lui posent des frontières ou ne lui correspondent pas, il encaisse jusqu’au moment où il sature. Au fond, ses prises de décisions et ses actions spontanées sont toujours menées par la volonté de satisfaire autrui, que ce soit son amie/petite-amie Kim ou son frère Chuck. Il a très souvent privilégié le bien-être des autres avant le sien et la société ne le lui rendra pas. En ce sens, en certains points, on retrouve un peu de soi dans différents moments et diverses pensées du personnage. On peut facilement être avalés par la société, qui nous modèle à sa façon ; les opportunités et les rencontres peuvent faire en sorte de nous confronter à des choix et à des actions que dont on ne voudrait pas forcément si ce n’est pour satisfaire la volonté de quelqu’un d’autre.

Jimmy incarne un peu notre façon de vivre, la tentation d’une carapace, la volonté de s’affirmer, en prenant du plaisir, en pensant à son avenir, mais on finit tout de même à se plier à des choix inconsciemment imposés.

Et la saison 3 ?

Dans la saison suivante, prévue pour l’année prochaine, on ose espérer qu’il y aura la révélation du personnage de Saul Goodman. On a pu avoir un aperçu de son excentricité dans la saison 2, où Jimmy arbore pendant une période différents costumes et cravates aux couleurs criardes, nous ravivant les souvenirs d’un Saul loin d’être discret.

La fin de la saison 2 nous annoncera une confrontation inévitable entre Jimmy et les forces de l’ordre, ayant été piégé par son frère qui a enregistré ses aveux. Il n’y aura aucun doute quant au fait qu’il parviendra à s’en sortir avec son talent et son charisme mais le tout sera de savoir comment, et de comprendre son évolution et changement d’identité. Une curiosité nous anime également quant à la relation Jimmy-Kim, à priori celle-ci s’achèvera douloureusement aussi bien en affaires de cœur que professionnellement.

En conclusion

Pour ceux qui n’auraient pas vu Breaking Bad, Better Call Saul peut tout à fait se regarder indépendamment. La série a été conçue de telle sorte qu’elle se concentre sur quelques personnages issus de l’univers original mais cela ne perturbe en rien la compréhension de l’intrigue.

Tandis que Breaking Bad se positionne dans un registre purement dramatique, Better Call Saul, à l’image de son personnage principal, affiche plus de couleurs et ajoute au drame une dimension comique. On passe un bon moment avec ce cher Jimmy McGill, on sourit avec un regard bien plus tendre et compatissant envers cet homme qu’envers le bon vieux Saul Goodman.

Copyright crédits photos AMC, Netflix, ayants-droits