21 JumpStreet c’est la série phare de toute une génération des années 80. On parle souvent de ce programme pour évoquer les débuts de Johnny Depp et l’image de gendre idéal que les adolescentes lui ont conféré. Pourtant cette série ne s’arrête pas uniquement à sa forme. Elle comporte un fond analytique traitant de sujets innovants pour l’époque. Comment 21JumpStreet brisa tout tabou?

La série, tout le monde sait de quoi elle parle ! Tom Hanson (Johnny Depp) est un jeune policier s’infiltrant dans les lycées en utilisant des identités d’adolescents. La brigade de police prend place au 21 JumpStreet, dans une ancienne chapelle réaménagée.

Entre force de l’ordre et lieu saint, le résumé laisse alors paraitre une série puritaine à l’image des Etats-Unis et de leurs tribunaux jurant sur la Bible. Pourtant, l’idéologie de cette série va plus loin. Au contraire, elle traite de sujets délicats et tabous.

Et, n’allant pas avec le dos de la cuillère, les thèmes de 21 JumpStreet concernent le plus souvent des problèmes typiquement américains, mais difficilement avouables, un peu comme West Side Story en son temps.

21 JumpStreet fait probablement partie de ces premières séries brisant toutes les images modèles de l’Amérique. Avec ce programme télévisuel il s’agissait d’aborder sans complexe les problèmes majeurs que les Etats-Unis eurent du mal à s’avouer. Les policiers sont confrontés à des « jeunes à problèmes ».

Pas un thème n’échappe à la série : drogue, alcoolisme, agression, suicide, racisme, religion ou encore viols… Un autre parti pris que de montrer une sorte de Skins des années 80. L’aspect policier de 21 JumpStreet fait voir un véritable problème de société presque vieux comme le monde.

Quand Hanson n’est pas appelé à enquêter sur une jeune fille abusée par son père, il doit s’infiltrer dans une école militaire afin de trouver qui sont les responsables d’agressions homophobes répétitives.

L’homosexualité est traitée dans une série pour adolescent à une époque où une majorité de la population considère encore en majorité cette orientation sexuelle comme une maladie. L’épisode profite également du thème du militarisme pour évoquer les conséquences du code de l’Honneur Militaire.

21 JumpStreet joue sur les dilemmes : entre le devoir de citoyen américain et la conscience personnelle. Mais ce sur quoi la série joue davantage sont les faits de sociétés, en nombre au temps où la série est diffusée. Lors de l’épisode 13 de la saison 2, l’officier Hanson est engagé pour protéger un adolescent atteint du SIDA. Le sujet est alors d’actualité dans un contexte où la maladie est tout juste propagée mais peu cernée par l’État. Les discriminations dues à cette contamination et la fatalité de la maladie sont montrées.

Et si les policiers ne sont pas ici présentés comme des héros de la nation, à contre-courant de beaucoup de séries, ils sont dépeints en américains lambda, porteurs d’idées reçues sur une multitude de problèmes sociétaux. Hanson lui-même, en mission pour le jeune sidaïque, portera des préjugés gratuits sur la maladie. 21 JumpStreet dénonce ainsi les discriminations et sujets délicats. Dans l’épisode parlant de l’adolescent atteint du Sida, la mère de ce dernier dira : « Le président lui-même n’a jamais prononcé le mot SIDA. Si c’était son fils qui était atteint, il parlerait du sujet avec beaucoup plus d’intérêt ». La série va donc mettre en avant une jeunesse à la fois victime comme meurtrière.

Mais au-delà des jeunes que la brigade côtoie, les policiers eux-mêmes sont aussi à la fois victimes et hors-la-loi. Quand dans l’épisode 7 de la deuxième saison Hanson et sa coéquipière Hoffs s’infiltrent dans un lycée débordant de discriminations raciales, ils deviennent eux-mêmes victimes. Passant pour un couple mixte, les deux protagonistes se font huer en arrivant au lycée main dans la main. L’épisode en profite alors pour évoquer l’histoire de Hoffs et celle du Capitaine Fuller en tant que citoyens noirs américains. L’un a du s’imposer pour entrer dans la police. Hoffs, femme afro-américaine, a eu encore plus de mal à trouver sa place dans le métier.

Les difficultés liées à l’intégration sont également traités dans l’épisode 11 de la saison 2 qui se consacre au personnage de l’agent Ioki. Jusqu’ici, ce personnage était décrit comme un fils d’immigrants japonais. Mais un soir de Noël, il est accusé d’être un réfugié entré aux Etats-Unis illégalement par un nom d’emprunt. Sa véritable identité est dévoilée : Ioki est en fait d’origine vietnamienne. Il est arrivé sur le sol américain à l’âge de 14 ans alors qu’il fuyait la guerre du Vietnam. La série traite donc de l’Histoire même des Etats-Unis et des conséquences de ses évènements. Ioki a menti sur ses origines et son nom en entrant dans la police, de peur qu’il ne soit pas accepté à cause de ses origines et de son immigration. Le Capitaine Fuller étant un ancien soldat de la guerre du Vietnam, l’épisode aura alors présenté deux victimes distinctes de la guerre du Vietnam. 21 JumpStreet n’évoque pas seulement l’histoire d’héros de la nation, de par leur statut social, mais de personnages meurtris et blessés par une société complexifiée.

Parfois, les policiers de la série sont également victimes des adolescents qu’ils côtoient pendant leurs enquêtes. Il est possible de prendre à nouveau l’exemple de Ioki. Un épisode le met dans une délicate situation puisqu’une lycéenne l’accuse de l’avoir mise enceinte lors d’une mission passée au sein de son établissement scolaire. Hanson, quant à lui, est une autre fois mis en garde lorsqu’il effectue une course de voitures illégale lors d’une mission. Les personnages de la brigade sont donc pris au piège dans leurs propres rôles. Leurs missions les poussant à se plonger dans des influences adolescentes, en quête de crédibilité durant leur infiltration.

Autre exemple, le personnage de l’officier Penhall, enquêtant dans une école de futurs champions olympiques, se soumet aux délinquances des élèves en consommant de la drogue. Le dilemme que met en avant la série se joue aussi ici : entre le respect des autorités américaines en tant que membres des forces de l’ordre et leur crédibilité lorsqu’ils sont sous fausses identités.
21 JumpStreet, s’adressant aux adolescents, se veut aussi idéaliste. Elle met en scène des personnages passionnés par leur métier, alliant difficilement leur vie professionnelle avec leur vie privée. D’ailleurs, les épisodes mettent souvent en parallèle enquête et vie privée d’un ou plusieurs agents du 21 JumpStreet. Chaque personnage semble avoir ses problèmes personnels typiques en fonction de sa personnalité. Penhall doit toujours régler ses conflits avec ses conquêtes féminines. Hanson vacille entre ses histoires d’amour et son passé douloureux relatant le décès de son père. Hoffs et Fuller règlent divers problèmes familiaux. Les personnages principaux sont humanisés, par le prisme de leur vie privée. Les téléspectateurs s’identifient aussi bien aux policiers infiltrés qu’aux adolescents rencontrés au fil des saisons.
L’adolescent des années 80 regardant cette série y trouve son compte. Il regarde une série qui lui ressemble, et non pas une série auquel il doit ressembler. Par cette fiction, il fait face à des problèmes majeurs d’adolescents qu’il connait ou qu’il est susceptible de connaitre. Le jeune devient grand. La série, quant à elle, dépeint et dénonce des phénomènes de sociétés rejetés, niés, voire enfouis.

Images, photos, propriétés de 20th Century Fox Television, LBS Communications (1990–1991), Patrick Hasburgh Productions, Stephen J. Cannell Productions et ayant-droits.